09/03/2006

Le cours de droit au Struthof du 14 décembre 05

Article de Jean-Pierre Bouteiller paru dans les DNA du 15 décembre 2004

• • • Un cours de droit pénal spécial portant sur la lutte contre le racisme, l'an­tisémitisme et les discrimi­nations a été délocalisé hier à Schirmeck et au Struthof.
Chantal Cutajar, maître de conférences à la Faculté de droit de Stras­bourg, spécialiste du droit pénal, a mis sur pied une journée, organisée en parte­nariat avec le Mémorial de l'Alsace Moselle, le conseil régional d'Alsace et la mai­rie de Schirmeck. Environ 320 étudiants de maîtrise et de DEA Sciences criminelles de la faculté de droit et des élèves du lycée profession­nel de Schirmeck y ont par­ticipé. Les étudiants étaient déjà allés au début de ce mois à la rencontre des ly­céens de Pasteur à Stras­bourg à trois reprises et de ceux de Marc Bloch à Bischheim.
La démarche de Chantal Cutajar, qui a donné un cours sur la contestation des crimes contre l'humanité après des exposés introductifs d'étu­diants était la suivante : «Cette initiative est prise en réaction aux actes et propos de caractère raciste qui se multiplient et aux prises de positions négationnistes gui sont le déshonneur de l'uni­versité et exigent des répon­ses concrètes. Le devoir de mémoire est particulièrement essentiel en droit. Aussi de­vons-nous associer les vertus de ce dernier et celles de la pédagogie. C'est pourquoi nous avons délocalisé à Schirmeck et au camp du Struthof, sur l'un des lieux qu'aucun 'négationnisme ne peut gommer, un cours de droit pénal spécial portant sur la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et tes discri­minations.
Vigilance
Des thèses universitaires révisionnistes remettant en cause l'existence des cham­bres à gaz et relativisant l'ampleur de la Shoa sont soutenues. Ces actions dic­tées par la haine menacent tes valeurs d'humanisme et de tolérance que nous avons en partage et qui fondent nos démocraties. Leur fragilité commande une attention de tous et de chaque instant. R appartient à quiconque, à la place qui est la sienne, de protéger ces valeurs et de les transmettre pour que demain ne soit pas le théâtre des atrocités perpétrées hier. Re­fuser la réalité du génocide, c'est pervertir les esprits et se rendre complice de la falsi­fication de l'histoire. »
Quant au témoignage de Mathilde Brini, déportée à Ravensbrück, il été particu­lièrement émouvant et sa conclusion a retenti comme un avertissement: «Cette chose affreuse s'est produite et ce ne fut pas un cas uni­que. Réfléchissez pour savoir comment c'est arrivé et com­ment cela peut encore arri­ver. Soyez vigilants! » Une nécessité quand on sait que l'année en cours est ca­ractérisée en Alsace par la profanation de plusieurs centaines de tombes juives; musulmanes ou chrétiennes à Riedisheim, Cronenbourg, Herrlisheim, Niederhaslach, Haguenau, Saverne, Wolfisheim ou Brumath.
L'objectif de cette journée, passée à l'ombre du Stru­thof, camp qui fut longue­ment visité ensuite, était donc de sensibiliser et de responsabiliser les jeunes
Au quotidien
De son côté, Pascal Schultz, procureur de la Ré­publique près le tribunal de grande instance de Colmar, a détaillé la politique pénale et l'arsenal répressif: «Nous devons lutter au quotidien avec la plus grande fermeté contre ces actes intolérables qui portent atteinte aux prin­cipes républicains et à la li­berté. Depuis le 1er mai, 33 ~ dossiers, dégradations, ins­criptions, injures, me sont parvenus. H faut s'élever contre la banalisation de tels actes. Tous les faits doivent être signalés. C'est à ce prix que nous pourrons interpel­ler leurs auteurs. Nous tra­vaillons d'ailleurs à la constitution d'un fichier. N'ou­blions pas cependant que la justice ne représente qu'un des éléments du combat à mener.». La paix sociale résidant en l'acceptation du pluralisme, la lutte ne se résume pas au "droit, elle dépend aussi de la conscience citoyenne. Une démarche qui trouve tout son sens à l'école de la Ré­publique. Le malaise est là, mais chacun à un rôle à jouer.    J. P. B.